L’abbé Deguerry et la Commune de Paris

La Commune de Paris

La Commune de Paris est un soulèvement révolutionnaire qui s’est déroulé à Paris du 18 mars au 28 mai 1871, dans le contexte troublé qui suit la défaite de la France lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871) et la chute du Second Empire.

Ce mouvement insurrectionnel oppose le gouvernement établi à Versailles, dirigé par Adolphe Thiers, à une partie du peuple parisien. La Commune met en place une expérience politique originale, mêlant aspirations démocratiques, sociales et révolutionnaires. Elle rassemble des courants divers — républicains radicaux, socialistes et révolutionnaires — unis dans le désir d’une transformation profonde de la société.

Parmi les mesures adoptées figurent notamment la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget des cultes, et certaines tentatives de réorganisation sociale en faveur des travailleurs.

La reprise de Paris par les troupes versaillaises, lors de la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871, entraîne une répression d’une extrême violence. Des milliers de communards et de civils sont tués. Dans ce climat de guerre civile et de représailles, plusieurs otages, dont des ecclésiastiques, sont exécutés par les insurgés.

L’abbé Gaspard Deguerry

Martyr en haine de la foi et serviteur de Dieu

Jean Gaspard Deguerry naît en 1797 à Lyon, d’un père marchand de bois de construction et d’une mère au foyer. Son père meurt en 1800 et sa mère se consacre entièrement à l’éducation de ses trois fils.

À huit ans, Gaspard entre dans la maîtrise de Saint-Pierre, sa paroisse natale, où il se fait déjà remarquer par son zèle et sa voix harmonieuse. Il intègre ensuite le collège de Villefranche, où il se distingue parmi les meilleurs élèves.

Le jeune Gaspard envisage d’abord une carrière militaire ; mais la paix revenue, il se destine au sacerdoce. Il entre au séminaire Saint-Irénée de Lyon pour poursuivre sa formation et est ordonné prêtre le 19 mars 1820, à l’âge de 23 ans.

À la demande de ses supérieurs, il devient pendant quatre ans professeur de philosophie, de théologie et d’art oratoire.

Dès le début de son ministère, ses talents d’orateur se manifestent avec éclat. Des foules de plus en plus nombreuses viennent l’écouter, notamment lors de ses premières prédications de Carême à la primatiale Saint-Jean de Lyon, qui devient rapidement trop exiguë.

En 1825, il rejoint Paris et, au début de l’année 1827, devient aumônier du 6e régiment de la Garde royale. Il unit alors, d’une certaine manière, les deux vocations qui l’avaient attiré. Durant ces années, il prêche des Carêmes dans diverses villes où il séjourne, comme Orléans, Rouen ou Paris.

En 1829, à l’âge de 33 ans, le roi Charles X le choisit pour prêcher aux Tuileries le sermon de la Cène. Sous la Restauration, il prêche à plusieurs reprises en présence de la famille royale. De cette période date l’estime que lui portent plusieurs personnalités politiques, notamment François-René de Chateaubriand, qui lui demeurera attaché.

La révolution de 1830 marque une période difficile pour le clergé français. Les fonctions d’aumônier militaire sont supprimées. L’abbé Deguerry poursuit cependant ses prédications avec ardeur et succès à travers la France.

En 1841, Denis-Auguste Affre, archevêque de Paris, le nomme chanoine titulaire, puis, en 1844, archiprêtre de Notre-Dame. Il devient ensuite curé de Saint-Eustache, où il exerce un ministère actif dans un quartier populaire et commerçant. Lors des événements de 1848, il déploie une grande énergie pastorale, cherchant à apaiser les tensions et à encourager le respect mutuel.

À la fin de l’année 1848, Marie-Dominique-Auguste Sibour le nomme curé de la paroisse de la Madeleine. Il y restera vingt-quatre ans, refusant notamment, en 1861, une nomination à l’évêché de Marseille afin de demeurer auprès de ses paroissiens.

En 1861 et en 1866, il prêche le Carême aux Tuileries, devant l’empereur Napoleon III, qui lui confie l’éducation religieuse de son fils.

En mars 1871, la Commune de Paris bouleverse la capitale. L’abbé Gaspard Deguerry est arrêté le 5 avril 1871. Il est exécuté le 24 mai 1871, avec plusieurs ecclésiastiques et laïcs, à la prison de la Roquette. Cette exécution intervient dans le contexte des affrontements entre les Communards et les troupes versaillaises.

Il fut un prédicateur et un pasteur marquant dans une société traversée par des interrogations religieuses et sociales. Sa parole était écoutée et appréciée. On disait de lui qu’il « avait une voix sympathique et d’une merveilleuse sonorité, un geste assuré et hardi, une ardente conviction qui se communiquait facilement ».

Il demeure un exemple de pasteur et d’évangélisateur attentif aux réalités de son temps. Il affirmait que « dans les jours d’orage, le prêtre, porteur des paroles de pardon, apôtre de la véritable fraternité, doit paraître sans crainte au milieu des carrefours et sur les places publiques, comme un messager de paix et de conciliation».

Son action peut se résumer ainsi, selon les mots de ses paroissiens : « Réconcilier les pauvres et les riches ; faire en sorte que les mots liberté, égalité, fraternité ne soient pas une vaine devise ; travailler à l’établissement de l’harmonie sociale ; substituer à la haine l’affection, à l’égoïsme le dévouement ; faire rayonner, au-dessus des divisions, la miséricorde. »

Il conserva ce zèle jusqu’à la fin de sa vie. Quelques jours avant sa mort, il déclara :

« Si je savais que mon sang fût utile à la religion, je me mettrais à genoux devant ceux qui m’ont arrêté pour les prier de me fusiller. »